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Rencontre avec Pierre Eliane

26 février 2018

Le chant exprime la quête spirituelle

Le père Pierre Giacomini, Pierre Eliane de son nom d’artiste, fut d’abord auteur-compositeur venu du rock, musicien professionnel avant d’entrer au Carmel à 33 ans. Là, il découvre de grands textes de religieuses et religieux qu’il met en musique. Une façon d’exprimer l’expérience spirituelle et mystique et de se laisser entrainer par l’Esprit.

La musique a toujours été votre univers ?
Plutôt que la musique, je parlerais du chant et même de la chanson. C’est ce qui m’a attiré dans lesannées 70 avec des gens comme Brassens, Brel par exemple. Mes influences musicales ce sont aussi Léonard Cohen, Bob Dylan… Ces artistes, loin de la variété facile, nous livrent de beaux textes et m’ont donné l’envie de faire de même. Je me suis alors mis à écrire à mon tour à cette époque. Plus tard 

vie_du_diocese.jpgj’ai découvert le Verbe.

Que voulez-vous dire ?
Le Bon Dieu, qui était en veilleuse au fond de moi, est venu me rechercher. Ce choix a été radical, c’était Dieu ou rien. Au Carmel, je suis entré dans une longue histoire d’hommes et de femmes qui vivent un même idéal et même une même réalité : la rencontre avec Dieu. Tout au long de cette tradition, des cantiques, des poésies, des chants furent écrits. Des chansons surtout, du latin médiéval à l’allemand du XXe siècle, en passant par l’espagnol du XVIe et le français du XIXe siècle, souvent composées et écrites non pour être lues mais pour être chantées, tout simplement. J’ai toujours été frappé par exemple que ce grand ami de Dieu que fut saint Jean de la Croix a spontanément exprimé sa forte expérience de l’amour divin par le poème, par la chanson. Tous ces écrits sont comme une variété de fleurs dans un jardin, ils nous parlent du mystère de la vie spirituelle. Mais nous trouvons déjà cela dans la Bible avec le Cantique des cantiques, un texte très émouvant.

Et vous vous êtes inscrit dans cette tradition.
Oui, j’avais déjà l’expérience d’écriture, de composition mais que je vivais dans un monde fragile, éphémère. Finalement, en mettant les textes de la petite Thérèse en musique, je me les suis appropriés dans la culture qui était la mienne, celle du rock avec également une influence méditerranéenne.

Vous avez mis en musique les poèmes de Thérèse de Lisieux puis les chansons mystiques de Saint Jean de la Croix, de Sainte Thérèse d’Avila ou encore Elisabeth de la Trinité. Une façon de faire connaitre, de transmettre cette tradition ?
La faire connaitre et l’offrir comme un possible chemin de rencontre avec Dieu. La chanson est parfois appelée « art mineur » et je trouve que ce qualificatif colle bien à la spiritualité du Carmel qui est en quelque sorte une spiritualité de l’abaissement. Il suffit de voir la « petite » Thérèse. Mais cet art mineur, tel un vase d’argile contenant un trésor, nous parle du mystère de l'amour de Dieu.

Chanter est donc un moyen de découvrir, de nourrir la foi ?
Bien sûr. Une Eglise qui ne chante pas, que c’est triste, la vitalité d’une communauté doit s’entendre

Discographie de Pierre Eliane
Therese songs (1994)
Sainte-Thérèse de Lisieux (1997)
Chansons mystiques (1999) 
Teresa de Jesu (2002)
10 psaumes (2005)
Elisabeth songs (2009)
Les chansons de Jean de la Croix (2014)
Tagore songs (2014)
Les chansons du pauvre Jonas (2015)

dans ses chants qu’ils soient liturgiques ou à travers cette tradition de chansons que je qualifierais de « paraliturgique ». Selon moi, Dieu aime la musique et même y excelle lui-même dans la symphonie de la Création…

Vous vous êtes souvent produit au cours de concerts, de veillées. Une autre façon de partager ce trésor ?
Effectivement, je souhaite ainsi humblement rendre accessible ce patrimoine méconnu, y compris auprès de jeunes. On reste souvent à distance de la poésie mystique dans les anthologies. Si cela demande une certaine exigence d’écoute, la chanson, elle, apporte une proximité, une intériorité. Après, ce que cela produit, c’est le Bon Dieu qui décide !

Vous avez plus récemment exploré d’autres traditions spirituelles et religieuses. Pourquoi ?
Effectivement j’ai eu le désir de m’ouvrir à de nouveaux horizons et j’ai consacré un CD aux chansons de Yunus Emre, un poète turc soufi qui vécut quelque part en Anatolie au XIIIe siècle. J’ai également repris treize poèmes de Rabrindanath Tagore, ce grand poète dont j’ai dit qu’il était un ami parce qu’il est d’abord un père et un frère en esprit. Tout comme la mystique occidentale, ses textes expriment le chant profond de l’humain en sa quête spirituelle.

                                                             Propos recueillis par S. Bégasse

 

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