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Espace et Vie au Burkina Faso

26 février 2018
Espace et Vie au Burkina Faso

L’abbé Pierre Nabaloum a été le premier président d’Espace et Vie au Burkina Faso. Aujourd’hui, Thérèse-Françoise Ouedraogo lui succède avec les mêmes convictions et la même volonté.

 Accueillir et reconstruire des femmes

Thérèse Françoise Ouedraogo est secrétaire générale et présidente par intérim d’Espace et Vie au Burkina Faso. Cette association, créée en 2010, accueille des femmes en grandes difficultés. De passage dans le Tarn-et-Garonne, elle est venue parler de la situation des femmes dans son pays et présenter les actions d’Espace et Vie.

Pouvez-vous nous redire pourquoi et comment est née Espace et Vie ?
Tout a commencé grâce à mon cousin, l’abbé Pierre Nabaloum. Il se rendait à Lourdes régulièrement l’été pour le rassemblement des aumôniers militaires et, à cette occasion, il assurait des remplacements dans les paroisses de votre diocèse, particulièrement à Montech. Il a ainsi tissé de bonnes relations notamment avec vie_du_diocese.jpgl’abbé Jean-Paul Aragon à qui il a expliqué la situation très difficile des femmes dans notre pays. L’abbé Aragon l’a alors mis en relation avec sœur Nicole Magot de la congrégation des Sœurs de la Miséricorde de Moissac qui avait créé, en 1982, le centre d'hébergement « Espace et Vie » à Moissac. Ce lieu a vocation à accueillir des femmes en grande difficulté, seules ou avec enfants, victimes de violence. Par la suite, en 2000, grâce à sœur Nicole et sa congrégation religieuse, un orphelinat baptisé « Maison de l'Espoir » est né au Burundi. Face au drame que vivent de très nombreuses femmes au Burkina, un lieu comme celui-ci était vraiment nécessaire.

Quelle est précisément la situation des femmes dans votre pays ?
Le principal problème est l’exclusion liée à une croyance en la magie encore très forte. A partir de 40 ans, des femmes, pour diverses raisons, sont accusées de sorcellerie et bannies, battues, dépossédées de leurs enfants, de leurs biens. Par exemple, les femmes dynamiques, courageuses qui assurent un revenu à leur famille, sont jalousées car elles dérangent. Donc on les exclue, on les renvoie de leur lieu de vie, de leur famille. Et si quelqu’un de leur entourage meurt, elles sont accusées d’avoir causé ce décès. D’autres sont chassées par des maris qui veulent une autre femme.

Cette situation existe dans tout le pays ?
On la trouve surtout au centre du pays, chez les Mussi, une ethnie majoritaire dans notre pays où la tradition ancestrale est encore forte ainsi que dans la population musulmane où se pratique la polygamie. Les catholiques ne représentent que 16 % de la population. Le nombre de femmes touchées par ce fléau de l’exclusion est donc très important et il était nécessaire de leur venir en aide. C’est ce que fait l’Eglise, à travers notre association et d’autres lieux d’accueil dans le pays.

Comment les aidez-vous et comment s’organise votre action ?
Il existe un véritable réseau d’entraide dans plusieurs villes du pays, Espace et Vie à Pissila mais aussi des centres gérés par des paroisses ou l’action sociale. Quand elles arrivent, ces femmes, parfois âgées, sont dans le plus grand dénuement. Souvent elles ont été battues, leur case a été brûlée, elles n’ont plus rien. L’urgence est donc de leur apporter une aide morale, physique et financière. Mais le but est également de les aider à retourner chez elles. La commission épiscopale Justice et Paix-Burkina, dont je fais partie, tache de faciliter ces retours, de réinsérer ces femmes dans leur lieu de vie. Même si cela ne se passe pas toujours sans problème, il arrive que leurs accusateurs regrettent. Pour les aider à reprendre leur vie, la commission Justice et Paix leur procure des petites constructions faites de parpaings et de tôle.

Cette situation peut-elle évoluer ? Quels peuvent être les moyens pour cela ?
Bien sûr il est nécessaire de faire bouger les mentalités et tenter de mettre fin à cette pratique d’exclusion sociale. Pour cela, nous travaillons avec les chefs coutumiers qui ont beaucoup de pouvoir dans les ethnies. Un livret a été réalisé pour les sensibiliser et on commence à voir quelques fruits. Certains refusent à présent ces exclusions et aident les enfants à récupérer leur maman. Cette sensibilisation passe aussi par l’éducation, l’école. Des conférences publiques, la projection d’un film réalisé sur ce sujet rencontrent un certain succès. Les mentalités changent peu à peu même s’il reste encore beaucoup de chemin à faire.

Quel est le but de votre visite en Tarn-et-Garonne ?
C’est bien sûr l’occasion de rencontrer sœur Nicole à Moissac pour faire un point sur Espace et Vie, son évolution, nos difficultés. A Montech, je retrouve mon cousin Pierre Nabaloum qui est maintenant administrateur de la paroisse. J’ai pu rencontrer des jeunes de l’aumônerie et des paroissiens pour leur parler de la situation des femmes de notre association.

                                                            Propos recueillis par S. Bégasse
 

 

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