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Une solide expérience pastorale et spirituelle

3 avril 2017

Abbé Emile Kofor

L’abbé Emile Kofor est arrivé dans le diocèse de Montauban il y a un peu plus de six mois. Envoyé par l’archevêque de Garoua au Cameroun, il est prêtre Fidei Donum pour trois ans.


Abbé Emile Kofor, vous êtes prêtre du diocèse de Garoua au nord du Cameroun, quel est votre parcours ?
J’ai 43 ans et j’ai été ordonné prêtre le 31 mars 2003 pendant le Carême ! Je suis donc originaire du nord vie_du_diocese.jpgdu pays, c’est la zone la plus pauvre. On dit souvent que le Cameroun c’est l’Afrique en miniature, au niveau du climat. Le nord est la zone la plus sèche mais aussi la plus pauvre avec de grands écarts au point de vue niveau de vie. Les premiers missionnaires qui étaient des français, des Oblats de Marie Immaculée, sont arrivés en 1946.
Mon père était gendarme, à son époque, le régime au pouvoir avait à sa tête un président qui venait du nord et qui était musulman. Il faisait beaucoup pression pour que les fonctionnaires soient musulmans ou du moins fallait-il porter un nom musulman, notamment dans le nord pour ne pas être inquiété.Beaucoup portent un nom à consonance musulmane et un prénom chrétien ! Il était obligé, par exemple, de participer aux fêtes musulmanes. Pour autant, il n’était pas pratiquant et ma mère était chrétienne. C’est elle qui est à l’origine de ma vocation et qui était très engagée à l’Eglise. Le Cameroun, c’est 260 ethnies avec la présence de l’animisme, de l’islam et du christianisme.

Votre cheminement comme chrétien est particulier
Contrairement à ce qui se fait en France, on baptise peu d’enfants à la naissance. On propose un cheminement de la foi pour tous qui fait que c’est à environ 14 ans que l’on procède au baptême. Dans ma paroisse, le prêtre m’aimait bien et lors de la venue du pape Jean-Paul II en 1985, il m’a proposé de servir la messe que présiderait le pape. J’ai donc répété lors de messes précédentes. Au moment de servir le pape, on s’est rendu compte que je n’étais pas encore baptisé, on m’a donc ajouté à la liste et c’est saint Jean-Paul II qui m’a baptisé, en même temps j’ai fait la première communion et reçu le sacrement de confirmation ! J’ai été très marqué par cette journée et par le pape. Ce fut un tournant décisif pour ma vocation. J’ai voulu aller au séminaire. Au début mon père s’y est opposé, il a finalement cédé et je suis entré au Petit séminaire en 1988. Après la terminale, j’ai été au Grand séminaire interdiocésain de Maroua où j’ai accompli les deux cycles de philosophie et de théologie.

Où avez-vous exercé votre ministère par la suite ?
J’ai été curé en zone rurale à Touboro pendant six ans. J’avais d’ailleurs comme vicaire l’abbé Alain Méli, qui est arrivé avec moi et qui est à Caussade. Touboro est un très grand territoire, les communautés peuvent être éloignées de 200 kilomètres. Pastoralement, nous faisons confiance aux catéchistes qui sont des relais locaux, il y a aussi un responsable par communauté. Cette organisation est un héritage des pères missionnaires.
Après, j’ai été envoyé à Bidzar, c’est une paroisse beaucoup plus petite mais où les conditions de vie sont beaucoup plus dures, il n’y a ni eau courante, ni électricité. Les gens sont plus pauvres et de fait la paroisse avait peu de revenus. Dans ce contexte difficile, il faut avoir le sens de la mission. L’organisation pastorale était la même, il y avait en plus une personne responsable des femmes. Nous n’avions pas de moyens de déplacements. Pour vous donner une idée, la quête du dimanche était d’environ l’équivalent de 15 euros ! Le diocèse me versait une centaine d’euros par mois. Cette situation difficile avait une influence sur la pastorale. Il n’y a pas d’église en dur mais une « aire sacrée » sous les arbres pour dire la messe et se réunir. Je vivais dans une case. Ce qui m’a amené aussi à interrompre les cours que je suivais. Heureusement les fidèles faisaient des dons en nature et invitaient à partager des repas. Il y avait beaucoup de convivialité, un bon accueil et des célébrations très vivantes. J’ai aussi beaucoup apprécié cette zone montagneuse, ce fut pour moi l’occasion d’une véritable vie intérieure, je pouvais me retirer pour des temps spirituels. J’ai vécu à Bidzar 8 ans.

Vous avez eu aussi l’occasion d’exercer votre ministère dans un carmel.
Oui, pour reprendre des études. L’archevêque d’alors m’a nommé aumônier du Carmel Notre-Dame des Apôtres à Figuil, qui est à 25 kilomètres de Bidzar et une centaine de Garoua. J’y suis resté sept mois en attente d’un départ pour aller étudier. Ce fut pour moi sept mois très riches, une bonne expérience. Heureux de pouvoir développer la vie intérieure, j’ai découvert le silence, la vie de prière. J’ai pu aussi rependre des cours en ligne. Finalement, j’ai été envoyé à Montauban !

Quel regard portez-vous sur la France, sur le diocèse de Montauban après 6 mois ?
Je partage mon temps entre la cathédrale où je suis vicaire et le pôle évangélisation jeunes, c’est dans cette pastorale que je perçois le plus d’écart entre ici et au Cameroun.
Je trouve que les églises ne sont pas si vides que ça ! Il y a beaucoup d’activités qui sont proposées, beaucoup de réunions et une bonne organisation. Les confrères ont été accueillants. Il me semble que beaucoup de personnes ont soif de découvrir la foi, il y a de la demande, mon col romain interroge beaucoup ! Pourtant j’ai l’impression que l’Eglise a un peu perdu sa place dans la société, est-ce que l’on n’a pas trop peur des médias ou de se faire récupérer ? Le côté « cartésien » des Français est quand même très présent, il me semble que la foi se vit autrement et que vouloir tout ramener à la raison fait que l’on peut s’éloigner de l’essentiel.

                                                                         Propos recueillis par JF Laparre
 

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