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Rencontre avec le père Cédric Burgun

9 février 2018

 « La famille devrait être au cœur de toute pastorale »

Les 27 et 28 janvier, une réflexion et un partage autour du couple et de la famille étaient proposés aux acteurs de la pastorale du mariage et du catéchuménat et ouverts à tous les couples. L’intervenant principal, le père Cédric Burgun, vice-doyen de la faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Paris et juge ecclésiastique pour les questions de nullité de mariage, est longuement revenu sur l’exhortation Amoris Laetitia.

L’exhortation Amoris Laetitia, parue en avril 2016 à la suite des deux synodes sur la famille de 2014 et 2015, cherche à donner une nouvelle approche pastorale pour la famille. Pourtant ce texte a fait débat au sein de l’Eglise. Comment l’expliquez-vous ?
Tout d’abord, n’oublions pas que le débat est traditionnel et nécessaire dans la vie de l’Eglise depuis son vie_du_diocese.jpgorigine. S’agissant d’Amoris Laetitia, c’est vrai, cette exhortation a secoué la vie de l’Eglise, d’abord parce que, en abordant le thème de la famille, on touche un point sensible. La famille est le lieu de joies mais aussi de fragilités, de souffrances et cela nous touche tous. Ensuite il y a eu crispation autour de la question de la communion des personnes divorcées remariées. Beaucoup se sont focalisés sur le chapitre 8, consacré à ce point, en oubliant les clés de compréhension que le pape donne avant. Enfin, le pape ne donne pas de règles, il fait appel à l’intelligence pastorale et cela aussi a pu décontenancer. Mais ce qui est au cœur de cette exhortation, c’est que la famille est une bonne nouvelle.

Ce n’est pas évident, on est obligé de le redire ?
Je le crois car, en Eglise, la famille est parfois perçue comme un problème. Or le pape nous invite à une conversion du regard. Dieu se révèle dans les familles, elles sont lieu d’évangélisation même si elles aussi un lieu de combat. Il suffit de relire la Bible, que de familles à problème ! Sur cette question, au n° 221 d’Amoris Laetitia, le pape parle du mariage comme « un chemin de maturation où chacun des conjoints est un instrument de Dieu pour faire grandir l’autre ». Un peu plus loin, il parle du mariage comme d’une histoire de salut. Mais ce chemin est fait de fragilités, de souffrances et c’est ce que l’Eglise doit accompagner, en particulier lors de la préparation au mariage. L’accompagnement est un véritable enjeu et souvent nous ne sommes pas à la hauteur. Le pape invite d’ailleurs l’Eglise à une autocritique de ses pratiques.

Pour quelles raisons ?
Il n’hésite pas à parler de procédures parfois étriquées, de douanes pastorales. Le pape rappelle, par exemple, que les questions doctrinales, si elles sont nécessaires, ne sont pas premières. Il appelle ceux qui accompagnent des jeunes au mariage à présenter ce sacrement d’abord comme « un parcours dynamique de développement et d’épanouissement ». Parler de joie matrimoniale ne nie pas la souffrance, les difficultés. On ne se marie pas pour se donner à l’autre mais pour s’oublier soi-même. L’Eglise doit oser réveiller cette capacité d’oblation chez les jeunes. Sinon, à trop mettre en avant un certain individualisme du bonheur, nous tombons dans les dérives de la société actuelle. Accompagner ainsi est exigeant, cela demande du temps, du dialogue, une qualité d’écoute pour entendre l’histoire de chacun avec ses fragilités, ses attentes. La préparation au mariage est un véritable lieu d’évangélisation. Cet accompagnement devrait même se poursuivre après le mariage. Nous devons proposer des lieux, des temps pour les jeunes couples, pour les familles. Le pape nous appelle d’ailleurs à accompagner les couples dans les premières années de vie matrimoniale, à être en capacité d’éclairer les crises, les angoisses et les difficultés. L’Eglise doit prendre en compte et accompagner la fragilité humaine. Au chapitre 8, il est écrit que « l’Eglise doit accompagner d’une manière attentionnée ses fils les plus fragiles, marqués par un amour blessé et égaré, en leur redonnant confiance et espérance. » Voilà ce qui doit guider toute pastorale. Et pas seulement la pastorale familiale mais toute la pastorale diocésaine. Nous avons besoin de redécouvrir la famille comme une « Eglise domestique », en lui redonnant ses vraies missions.

Quelles sont ces missions ?
D’abord la famille est le lieu où l’on redécouvre le don de soi, la gratuité, la fraternité sociale, en se rendant service sans attendre de retour, y compris financier. Elle est aussi école du pardon, il faut apprendre à dépasser les conflits et à pardonner en famille. On devrait également y accueillir le plus pauvre et cela commence par les personnes âgées. Trop souvent nous déléguons ce service des plus fragiles à la paroisse, aux structures… Et enfin la famille est école de prière, elle a la mission de remettre le Christ à la table familiale.

Tous les membres d’une famille ne partagent pas forcément la même foi ou n’en sont pas là. N’est-ce pas « mettre la barre un peu haut » ?
Effectivement une famille n’est pas un monolithe, le chemin de chacun est unique. Il n’empêche que si, en famille, on est capable de pardon, d’écoute, de générosité et de gratuité, si on ose parler de sa foi, je pense que le Christ est là. C’est cela que l’Eglise doit accompagner, dans toutes les pastorales.

                                                                           Propos recueillis par S. Bégasse
 

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