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le cardinal Sarr à Montauban

19 octobre 2017

 « Une dette de l’amour »

Le cardinal Théodore-Adrien Sarr, archevêque émérite de Dakar, était invité au colloque historique pour les 700 ans du diocèse de Montauban qui s’est déroulé les 6 et 7 octobre. Son intervention avait pour thème : « Une dette de l’amour. Pour l’annonce du Christ, dialogues et missions ».

Monsieur le cardinal, comme vous avez pu le constater, le diocèse de Montauban accueille de nombreux prêtres africains, quel lien faites-vous avec « la dette de l’amour » ?
Pour moi, c’est une chose normale. Nous pratiquons déjà cela, depuis de nombreuses années au niveau de la conférence épiscopale régionale de l’Afrique de l’Ouest (CERAO) dont j’ai été le président. Comme nous le faisons aussi entre diocèses du Sénégal, c’est le cas pour Tambacounda et Saint-Louis qui manquent de prêtres. Autrefois, le service était assuré par des missionnaires spiritains comme en Mauritanie. Comme je l’ai développé lors du colloque, nous avons « une dette de l’amour », telle m’apparait la gratitude que nous, membres des jeunes Eglises d’Afrique et d’ailleurs, nous ressentons envers les missionnaires venus d’Europe, vie_du_diocese.jpgpour nous annoncer Jésus-Christ, et nous faire entrer dans la grande Famille de Dieu qu’est l’Eglise, comme nous aimons dire en Afrique. C’est aussi une dette envers les Eglises plus anciennes. Nous avons reçu l’Evangile de la bouche de ces missionnaires européens et cela permet de nous rappeler que la mission est universelle.

Pour les prêtres africains qui sont envoyés en Europe, c’est un profond changement de culture, comment peut-on les préparer pour qu’ils accomplissent leur mission dans de bonnes conditions ?
Cette question est essentielle, nous avons réfléchi à ces défis en commission régionale de la Mission (CERAO). Nous encourageons des prêtres à entrer dans des congrégations missionnaires qui peuvent les former mais nous pensons aussi que les prêtres doivent être envoyés par leurs Eglises et que ce n’est pas qu’une décision personnelle. Par exemple, envoyer des prêtres pour des remplacements en Europe est une bonne expérience. Elle permet de faire des essais et le suivi entre évêques est important. Je l’ai vécue avec le cardinal Barbarin lorsqu’il était évêque de Moulins et nous continuons à le faire avec son successeur. Actuellement deux prêtres de Dakar sont à Moulins. Je sais qu’il existe des sessions nationales en France pour les prêtres qui arrivent, je pense que c’est aussi une bonne initiative et qu’ils doivent y participer.

Que pouvez-vous nous dire en matière de développement pour l’Afrique. Où en est-on ?
Je connais bien cette question du développement. En 1974, lorsque j’ai été nommé évêque de Kaolack, nous devions faire face à la sècheresse qui venait du Sahel. Les problèmes d’accès à l’eau potable étaient importants pour la population. Nous devions faire des forages à très grande profondeur car les nappes phréatiques s’épuisaient. Et cela exigeait des moyens financiers importants. Dès le départ, ma conviction s’est appuyée sur Populorum Progressio (Vatican II). Au-delà du développement économique, de la satisfaction des besoins primaires, comme l’eau, il faut avoir le souci d’un développement intégral et responsable des populations, un développement qui prend en compte toutes les dimensions de l’humanité. Concrètement, nous avons évité les réalisations livrées clefs en main ! Avec la Caritas diocésaine, nous avons mis en route des villages, leur demandant de réfléchir ensemble à ce qu’ils souhaitaient et sur les moyens pour y parvenir. Cela a débouché par exemple sur des participations au financement des réalisations par le biais de cotisations et la fourniture en main d’œuvre pour les travaux à faire. Quand j’en ai l’occasion, je continue d’insister auprès des gouvernants pour qu’ils promeuvent aussi l’éducation intellectuelle aux valeurs humaines et spirituelles, à l’éducation à la paix. Au Sénégal, c’est possible, la population est croyante, même s’il n’y a pas d’éducation religieuse dans l’école publique qui est laïque.

Durant votre épiscopat, vous avez été très actif dans le dialogue interreligieux.
Au Sénégal, les relations sont bonnes entre chrétiens et musulmans. Je crois que c’est dû aussi à un soubassement fondateur, il n’y a pas de conflits inter ethniques et nous savons dépasser les différences pour vivre en paix. Maintenant nous devons continuer à cultiver ces bonnes relations, le dialogue est réel au quotidien. Nous sommes très attentifs à ce qui se passe, comme les attentats et l’apparition d’un islam plus radical. Il y a un véritable travail de sensibilisation à faire pour expliquer cette incohérence entre islam et intolérance. Il faut rejeter cette violence au nom de Dieu et se démarquer de ses promoteurs. J’ai été horrifié des attentats commis en Europe, ils jettent une ombre sur toutes les religions. On voit bien que la religion est utilisée à des fins politiques. Finalement, c’est une question de citoyenneté avec une identité religieuse. Nous devons redire que tous les hommes sont égaux et pour que la paix sociale perdure, je crois que la meilleure solution est de promouvoir un Etat non confessionnel, tout en reconnaissant que les religions sont favorables au développement intégral. Le président Senghor parlait déjà de laïcité positive.

                                                                               Propos recueillis par JF Laparre
 

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