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Accueillir ou non les migrants?

20 septembre 2017

 Une Europe en quête d’âme

 

A la suite des propos du pape François sur les migrants, à nouveau est revenue dans les médias cette question qui trouble beaucoup de personnes à commencer par les chrétiens. La réponse est complexe et n’est assurément pas dans une affirmation catégorique. De plus il faut comprendre qu’un engagement personnel est différent d’une décision politique.

Nous ne pouvons pas nier que de divers pays arrivent en Europe occidentale des centaines de milliers de personnes souvent conduites par des passeurs dans des conditions inhumaines et coûteuses. Un certain nombre n’y survivent pas mais comme ceux qui tentent l’aventure sont en général jeunes ils arrivent à vaincre les pires situations. Partant de là nous pouvons comprendre que s’en aller de son pays est un choix douloureux et il faut y être malheureux et sans espoir pour faire ce choix. C’est alors que nous devons nous interroger sur l’état de ces pays qui poussent leurs ressortissants à partir. Ces pays, pour diverses raisons, dont la corruption, l’insécurité, la carence des gouvernements, la famine, ne sont pas en mesure d’assurer la vie de leurs citoyens. A cela s’ajoutent les guerres permanentes, les enlèvements de population, la persécution religieuse. Or, l’Europe occidentale, aujourd’hui soumise à cette migration déferlante, se trouve impuissante mais elle a, dans ce phénomène, une part de responsabilité.

Des responsabilités partagées
Depuis des décennies nous n’avons pas œuvré pour le bien de ces pays, nous n’avons pas aidé à leur sécurisation, à leur mise en valeur. Nos seules actions ont été guidées par des compromissions pour ne pas perdre nos avantages. Nous n’avons pas fait partager nos richesses humaines et spirituelles, nous n’avons pas nourri ces peuples affamés. Pour de nombreux pays, leur mise en valeur était possible, aucune politique sérieuse et continue n’a été faite dans ce sens, si bien que ces pays n’ont pu se développer. La première faute de notre civilisation occidentale est là.
La deuxième est le concept occidental du bien-être. Face à des populations en grand manque d’essentiel nous avons présenté un modèle de vie sociale irrecevable : l’argent, la vie facile, l’exigence de droits en tout genre, la sexualité comme un domaine où tout se vaut, le paraître, le non-respect des personnes âgées, l’avortement, le refus de la vieillesse et de la mort (euthanasie)… Comment, par exemple, prétendre répondre au monde musulman par une forme de laïcité qui veut ignorer les religions ? Comment parler du « vivre ensemble » quand les uns sont dans des « quartiers sensibles » devenus inaccessibles même aux forces de l’ordre et quand les autres dans des « quartiers tranquilles » continuent de se bercer d’illusions.
Enfin, la troisième réalité est que notre pays et l’Europe sont en quête d’une « âme ». En rejetant la foi chrétienne l’Europe a refusé de reconnaître ses fondements chrétiens qui constituent une grande partie de ses origines. Elle est donc dans l’errance spirituelle et ne peut rien proposer. Elle se heurte alors à des êtres de conviction ou des questionneurs de notre « civilisation » qu’ils dénoncent et dont certains veulent la mort.

Accueil et intégration
Cette rapide analyse de la réalité montre que ceux qui viennent chez nous le font pour différentes raisons. Pour les uns, il faut accueillir tout le monde et pour d’autres personne ! Les uns semblent vouloir construire des murs et les autres des ponts. Le bien-commun d’un Etat, d’une nation, d’un peuple exige sa sécurité et l’Etat se doit de l’assurer par l’application des lois et des principes sur lesquels il est engagé par sa fonction. La vision de l’Etat est de rechercher le bien-commun, c’est-à-dire, ce dont chaque citoyen a besoin pour vivre en paix et dans le respect de sa liberté (voir la Doctrine sociale de l’Eglise). Le pape rappelle sans cesse le devoir d’accueillir mais il ne nie pas la faculté qu’ont les gouvernements de limiter cet accueil selon les capacités d’intégration du pays. D’une certaine manière il faudrait dire que le bien de tous a besoin de murs mais de murs qui ouvrent leurs portes avec discernement. Par ailleurs, il est nécessaire que ceux qui arrivent dans un pays en respectent les lois, les traditions, les langues, etc. C’est pourquoi le pape dit (au retour de son voyage en Colombie) que les Etats doivent « agir avec prudence », la vertu propre de ceux qui gouvernent. Il ajoute dans ce même entretien qu’il faut pouvoir « intégrer » ceux qui arrivent et leur donner les moyens de construire leur nouvelle vie. Nous avons à comprendre cela et, en même temps, comme fidèles du Christ à accueillir toute personne en difficulté : à titre personnel la charité (l’amour du prochain) est inscrite dans ma vie de foi. Je ne peux rejeter celui qui a faim ou qui est malade : c’est le Christ (Matthieu 25, 31-46). La mission de l’Etat, en revanche, est d’assurer la vie de tous et de défendre le droit de tous à rester dans leur pays d’origine : accueillir avec sagesse et prudence du mieux possible mais en même temps soutenir les pays démunis, ce qui demande une politique internationale cohérente.

 

Mgr Bernard Ginoux
 

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