Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
 
Document Actions

« Pour libérer nos richesses intérieures »

13 juillet 2017

Reposez-vous un peu ! (Marc 6,31)

La période des vacances d’été est arrivée pour les enfants et les jeunes scolarisés et, pour un certain nombre de personnes, ce temps est aussi celui des vacances ou, du moins, d’un changement de rythme de vie. Faut-il avoir honte de prendre du repos ? Avons-nous tous –même ceux qui n’auraient pas d’activité professionnelle – droit au repos ?


billet.jpgCe 4 juillet,La Croix (p.15)publiait un article sur le repos à partir d’une interview réalisée auprès de moi par une journaliste. Les réponses que j’ai pu faire m’ont amené à proposer cette réflexion aux lecteurs du Bulletin Catholique.
D’abord il est nécessaire de reconnaître notre besoin de repos physique et mental. La Bible au moment où est rapportée la création du monde dit que Dieu se repose (Genèse 2, 2-3) : ce sera le sabbat juif, un « jour saint » pour le Seigneur. L’homme connaît aussi le repos du sommeil indispensable à son équilibre, il est aussi marqué par la fatigue qui l’invite à prendre soin de lui. La loi divine demande à l’homme « d’aimer Dieu par-dessus tout et son prochain comme soi-même ». Même le chômeur ou les personnes à la retraite ont besoin d’un temps différent, pour reprendre souffle. Il est donc évident que le juste amour de soi (qui n’est pas l’égoïsme) et le soin nécessaire donné à notre vie (hygiène, suivi médical, style de vie, etc.) sont des exigences de notre humanité. Prendre soin de soi est un bien pour nous et pour les autres car se dégrader ou se détruire lentement (ou rapidement) est une atteinte au devoir de présence aux autres, à notre place dans la société. Plus encore, comme chrétiens, nous devons valoriser le don de Dieu qu’est notre vie, pas seulement spirituellement mais humainement. Le corps, l’âme et l’esprit ont besoin de repos, de soins, de développement serein pour rendre gloire à Dieu. Le repos facilite cette disposition intérieure et extérieure. Le repos fait partie de la respiration de la vie humaine. Il permet de libérer nos richesses intérieures que l’activité continue tant à ignorer parce que le travail semble être lié au rentable, au sérieux, à l’efficace. Il permet de donner place au gratuit, à la détente, à la paix intérieure.

La difficulté de se reposer

Certaines personnes fuient le repos, n’arrivent pas à rester sans des choses multiples à faire. Elles ne vivent que dans l’action, voire l’agitation, et empêchent aussi les autres de trouver le repos. Cette posture n’est pas nouvelle même si elle est aggravée par la mode qui exige d’être noyé d’activités (je devrais écrire « surbooké ») toutes plus importantes les unes que les autres et, souvent, emporté par l’urgence de ces activités. Le philosophe Blaise Pascalau XVIIè siècle parle de ce phénomène qui est pour lui l’incapacité de l’homme à se reposer quand il n’a plus de « divertissement » (c’est-à-dire d’activité comme la chasse, le jeu, la guerre, aujourd’hui on dirait la politique, les affaires financières, les mondanités…). Sans « divertissement » l’homme pense à sa petitesse, à la fragilité de sa vie, à la mort : « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qu’ils ne savent pas demeurer en repos » (Pensées B 139). Ainsi notre vie est-elle faite de rendez-vous à toute heure, de consultations permanentes de nos smartphones (250 fois par jour en moyenne), de nos addictions à internet ou à d’autres écrans… Se reposer devient alors une privation de ces raisons de vivre, un saut dans l’inconnu qui fait peur, la découverte du monde inquiétant du silence et le risque du face à face avec soi-même.

Les bienfaits du repos

Le premier de ces bienfaits est de revenir à soi-même, de s’arrêter pour faire le point, de regarder le chemin parcouru, de préparer la route à venir. Bien entendu le repos procure aussi un temps de liberté qui n’est pas la licence, la liberté débridée, mais la capacité de se libérer des fausses contraintes. Ce sera aussi des moments propices au silence, à la vie intérieure. Dieu parle dans le silence. Les retraites spirituelles, les passages « au désert », la prière, la contemplation, ouvrent à Dieu : « Devant la majesté de Dieu nous perdons nos mots » (Cardinal Sarah, La force du silence, Fayard, 2017). Pour nous fidèles du Christ le repos physique –même pour peu de temps- est un appel au repos habité par la présence du Seigneur. Je ne suis jamais seul, le Seigneur est toujours avec moi, Dieu parle au cœur quand je m’arrête pour l’écouter. Il n’y a pas de rencontre vraie et durable avec le Seigneur dans le bruit et l’agitation. Aussi le repos physique est-il une condition du repos du cœur, d’un cœur qui écoute et qui accueille. Il n’y a donc pas à s’en vouloir de prendre du repos. Que ces semaines d’été permettent à chacun de trouver le repos dont il a besoin pour refaire ses forces physiques et spirituelles ! Le Seigneur bénit le repos de celui qui a la sagesse de se le donner ! Bon été à tous !
 signature mgr ginoux.jpg

<< Go back to list