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Travail le dimanche

La destruction du lien social

Depuis plusieurs années les gouvernements tentent de réviser les lois sur le travail en faisant du dimanche un jour ordinaire où il sera possible aux entreprises commerciales d’ouvrir leur enseigne et donc de demander à leurs salariés de renoncer à ce jour préservé. Bien sûr, depuis toujours, un certain nombre de commerces ou d’activités connaissent par nécessité cette situation mais une nouvelle fois des grandes surfaces bravent impunément la loi et ouvrent malgré l’interdiction.

Déjà en 2008, j’écrivais dans ce même Bulletin catholique une réflexion intitulée : « Monsieur le Président, laissez-nous le dimanche ! ». Quelques mois après, en effet, était votée en juillet 2009 la loi Mallié qui est précisément aujourd’hui l’origine des difficultés. Pourquoi ? Parce qu’elle a mis en place un système de dérogations qui permet de faire travailler de nombreux salariés ce jour-là.
Les dérogations concernent les zones touristiques ou thermales « d’affluence exceptionnelle » ou « d’animation culturelle permanente ». Ces zones sont délimitées par les préfets. Il n’est pas difficile de comprendre que ces critères incertains ouvrent des discussions infinies et, donc, des conclusions contestables.
Les grandes villes (plus d’un million d’habitants) sont aussi prises en compte. Il est délimité des PUCE (sic !) c’est-à-dire des « Périmètres d’usage de consommation exceptionnels ». Là, les magasins pourront ouvrir le dimanche et ce sont en priorité les grandes surfaces. Cette mesure légalise en fait l’ouverture d’hyper centres commerciaux de grandes banlieues qui bravaient la loi. Ne pouvant les en empêcher le gouvernement a changé la législation par la reconnaissance de ces « PUCE », où le commerce se pratique sept jours sur sept.

Comment défaire le lien social

Les salariés qui travaillent dans les zones touristiques ou thermales ne sont pas tenus de recevoir une contrepartie. Dans les zones dites PUCE cette contrepartie dépend des négociations collectives mais le salarié doit recevoir « au moins le double de la rémunération normalement due » et, bien sûr, un temps de repos équivalent au temps travaillé le dimanche. Il est dit par la loi que le salarié doit être volontaire.
A cela, il faut noter encore des exceptions dans les départements de l’Est (Moselle, Haut et Bas Rhin) et rappeler que partout en France les magasins sont autorisés à ouvrir jusqu’à cinq fois par an.
Il est évident que, dans une période de crise économique et de chômage, un salarié qui est payé très modestement ne pourra jamais refuser de travailler le dimanche. Il est condamné à en accepter le principe et les conditions. Ce n’est pas du volontariat, c’est de l’esclavage ! Nous savons tous que si la loi continue d’étendre le droit aux grandes surfaces et à toutes les activités commerciales qui en dépendent non seulement elle aggrave le sort des petits commerces de ville, mais elle continue à détruire le lien social.

Même si, à ce jour, 53% des Français seraient, selon les sondages, opposés au travail du dimanche, la vérité ne vient pas du nombre ou d’un consensus. Nous devons cependant comme citoyens faire entendre notre voix dans les débats de société. Nous reconnaissons à nos sociétés un déficit du lien social. Comment allons-nous le retisser quand il n’y aura même plus un jour qui lui est consacré ? Le dimanche, en effet, sans parler de sa référence chrétienne, est un jour fait pour la détente, la rencontre familiale ou amicale, le retour des grands enfants à la maison, les activités ludiques et tout le domaine de la gratuité des relations. Ce jour, s’il n’est plus commun au plus grand nombre, ne se retrouvera pas à un autre moment car la « récupération » sur un jour de la semaine sera toujours une frustration et mettra le salarié en rupture avec les autres. La société française est suffisamment éclatée pour que le dimanche lui soit laissé comme jour de la cohésion sociale. Le faire peu à peu disparaître serait déshumaniser un peu plus notre société.
 

 

« Monsieur le Président, laissez-nous le dimanche ! », 5 décembre 2008, à relire sur le site du diocèse