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la Syrie, un pays qui coule

A la recherche d'un bon samaritain


 La Syrie plonge dans le troisième anniversaire d'une crise qui déchire le pays depuis le 15 Mars 2011 et la situation est toujours sans issue.

La scène est bien douloureuse, on parle d'un si lourd bilan: 80 000 morts, 850 000 élèves sans écoles, quatre millions de réfugiés et des destructions économiques estimées à 260 milliards $ sans parler de la fuite des capitaux, la fermeture des usines et la dévaluation de la monnaie locale:
Le $ est passé de 45 Livres Syriennes en 2011 à 121 Livres Syriennes en imaginant les conséquences sur l'inflation et l'effondrement du pouvoir d'achat. Les militaires et les fonctionnaires sont les derniers qui continuent à toucher un salaire à la fin du mois. Les autres vivent dans la misère, la pénurie de tout genre. La famille se disperse à 5h du matin pour faire la queue devant la boulangerie, l'épicerie, la station de service, et quelquefois sous les tirs et les bombardements. Quelle angoisse.

 Générateur de violence
Le grand cauchemar reste l'enlèvement des personnes pour demander des rançons Le "franc-tireur" devient la bête noire qui tue pour bloquer les routes et les axes entre les quartiers et les villes, et gare à celui qui ose passer. On ne compte plus le nombre des victimes La mort devient le pain quotidien. Les pompes funèbres sont les seules qui embauchent.
Cette fragilité socio-économique constitue un terrain propice à alimenter la guerre et nourrir la violence. Donc à prolonger les affrontements et rétrécir les chances de paix.

 Découragement pastoral
Cette situation d'insécurité prolongée affaiblit sensiblement la vie pastorale. L'assassinat de deux prêtres et l'enlèvement de quatre autres sèment la peur au cœur du clergé qui se déplace de moins en moins et ne porte plus la soutane. Le nombre des fidèles baisse en permanence.
Une paroisse qui avait 30 baptêmes en 2011, n'enregistre que trois baptêmes en 2012.Comment lutter pour garder le moral et tenir la route ? I1 faut beaucoup prier avec nous le Bon Pasteur pour ces serviteurs dévoués. Que serait l'Eglise sans prêtres ?

 Un discours à décoder
Le peuple syrien s'exprime peu et maîtrise bien le langage du silence, un langage difficile, à décoder en permanence. Il faut deviner. Un sourire n'exprime pas forcément une joie ou une satisfaction. Les souffrances sont refoulées de peur d'être mal interprétées. Le discours identique repris par tous ne traduit pas forcément l'avis personnel, des paroles peuvent signifier le contraire... A ma septième année à Damas, je suis encore novice et incapable de saisir facilement le fond des idées .Je me trompe souvent et essuie des échecs inattendus même parmi les collègues...
Je dois encore beaucoup apprendre sur ce troupeau que j'aime et que le Seigneur m'a confié.

 Un bon samaritain
Ce peuple discret et peu bavard, baigne dans la misère et cherche un « Bon Samaritain » silencieux qui agit et soigne sans poser des questions, qui passe à l'action sans trop chercher à faire des études et comprendre une situation si complexe.
La forte hémorragie d'un malade, blessé, seul et abandonné attend cette main tendue et ce cœur charitable qui ne tient pas compte des appartenances religieuses et politiques, et ne pose pas trop des questions.
La petite Eglise locale discrète et silencieuse à l'image de ses fidèles, ne peut vivre son témoignage que dans la vocation du Bon Samaritain. Eglise présente à main tendue aux frères différents dans le besoin et la souffrance sans distinction de couleur et de religion.
Cette charité silencieuse et gratuite, constitue la seule philosophie évangélique capable de construire la Syrie de demain.
L'avenir des Chrétiens d'Orient repose sur ce défi biblique… Devant l'intensité des violences et le « sauve qui peut » : aurons-nous le temps d'assumer ce devoir?

« Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu'il nous parlait en chemin? » Luc, 24,32

Pour gagner ce pari, notre regard se tourne vers le tombeau vide...


Pâques 2013

+Samir NASSAR
Archevêque maronite de Damas