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Homélie 27ème dimanche TO ; Mt 21, 33-43

10 octobre 2017

Jésus nous pose question encore aujourd’hui avec cette parabole des vignerons meurtriers. Qu’avons-nous fait de la vigne de Dieu ? Qu’avons-nous fait de l’Église dont nous sommes membres et dont nous sommes aussi à divers titres responsables ?

Homélie 27ème dimanche TO ; Mt 21, 33-43.
Les chefs des prêtres et les pharisiens sont les vignerons meurtriers dénoncés par cette parabole. En effet, en faisant allusion aux différents serviteurs envoyés avant le Fils, Jésus évoque les prophètes qui furent persécutés par l’institution religieuse et qui souvent payèrent même de leur vie leur témoignage et leur fidélité au Dieu d’Israël.
Dans cette parabole, comme en plusieurs passages de l’Evangile, Jésus veut montrer que l’institution religieuse officielle a eu plusieurs fois une tradition d’hostilité à l’égard du prophétisme, autrement dit à l’égard de l’irruption du sacré non-institutionnel.
Et donc que cette hostilité-là ne pouvait que mal prédisposer cette même institution à l’égard du Messie. Les coups dont sont roués les trois premiers serviteurs annoncent déjà le meurtre du Fils. Ces prêtres sont maintenant morts et le temple est détruit. Et ainsi cette parabole pourrait ne pas nous concerner.
Mais pouvons-nous être si sûrs que les successeurs des grands prêtres se trouvent parmi les seuls Juifs ? Personnellement, je ne le pense pas, tout simplement parce que l’Evangile a lui aussi, comme l’Ancien Testament, produit une institution, l’Eglise, avec ses « professionnels », qu’on les appelle évêques, prêtres, diacres ou encore laïcs responsables de ceci ou de cela et que toute institution religieuse se méfie par nature de l’irruption du sacré non-institutionnel, de se sacré hors-cadre si j’ose dire, qu’il appartient justement à l’Esprit-Saint, seul vrai conservateur de l’Eglise dans la vérité, de manifester périodiquement, ce sacré non-institutionnel qui a toujours pour mission de corriger, voire de réformer l’Eglise. Et pour nous catholiques, il est clair que l’Esprit-Saint agit particulièrement dans l’exercice du magistère représenté par le successeur de Pierre.
Jésus nous pose question encore aujourd’hui avec cette parabole des vignerons meurtriers. Qu’avons-nous fait de la vigne de Dieu ? Qu’avons-nous fait de l’Eglise dont nous sommes membres et dont nous sommes aussi à divers titres responsables ? Avons-nous par exemple été attentifs aux signes que l’Esprit-Saint a pu nous envoyer pour augmenter notre vigilance vis à vis de la vigne, ce qui doit se traduire dans notre vie chrétienne par le souci de notre paroisse ? Et comprenez-moi bien, quand je dis « soucie » je ne songe pas ici aux soucis ayant le sens des tourments pour le lendemain, démarche que Jésus condamne dans l’Evangile avec le fameux : « A chaque jour suffit sa peine » ; non, je pense aux soins que nous devons avoir, tous autant que nous sommes, de notre communauté ; un souci placé sous le double signe de l’amour et de la fidélité. L’amour parce que le soin sans amour n’est qu’un paravent pour l’égoïsme, sous prétexte par exemple de grand amour pour sa paroisse, pour son Eglise, on juge les autres en se prenant soi-même comme mesure-étalon de la bonne doctrine, de la bonne conduite et de la bonne pratique chrétienne. Quant à la fidélité, il s’agit de la fidélité à la parole de Dieu parce que le but de l’Eglise, comme de toute paroisse est de faire rayonner cette parole par différents moyens, et pour cela de placer les hommes et les femmes qui la composent dans le contexte le meilleur pour agir dans ce sens.
Aussi quand nous nous lamentons par exemple, et ce à juste titre, sur le manque de vocations sacerdotales, je pense que nous devrions nous poser plusieurs questions en corolaire.
Prions-nous suffisamment et régulièrement pour cela ? Ensuite, nos communautés témoignent-elles suffisamment d’unité et de charité pour que nous donnions envie à un jeune de les servir, et se faire ainsi le relais d’un appel que Dieu pourrait lui adresser ? Et quand un prêtre est accueilli dans une paroisse, son ministère est-il suffisamment respecté au point qu’il se sente réconforté par les sentiments qu’on lui manifeste et que ceux-ci dépassent en charité fraternelle les inévitables critiques dont tout ministère est entouré ? Il existe malheureusement des paroisses où les prêtres qui arrivent se sentent dans la peau des serviteurs du maître de la vigne face à des paroissiens à l’allure de vignerons rebelles. Oh bien sûr ceux-ci ne vont pas jusqu’à l’agression physique. Mais il existe des formes de méchanceté « pieuses » qui ont la cruauté des meurtres. Sur ce point on peut avec sûreté parler de cléricalisation des laïcs qui dirigent leur paroisse comme une vigne dont ils s’imaginent les propriétaires.
Et pourtant ce n’est pas la bonne volonté qui manque à beaucoup pour changer, mais ici ou là, dame bêtise pointe le nez. Elle est aussi grandement aidée par la dame folie du livre des Proverbes qui laisse libre cours aux rêveries orgueilleuses des hommes, aujourd’hui par le culte des structures, des plans de redécoupage en tout genre, gadgets de communication, à qui on donne une autorité quasi-comparable à celle de la sainte Ecriture, et ce bien souvent, au mépris de ce qui se passe réellement sur le terrain et des besoins effectifs des âmes. Et nul pour l’instant n’a cassé la mécanique.
Vous avez, nous avons, un ministère de prières à assumer pour que les choses changent, pour que les vignerons, chefs, sous-chefs et sous-sous-chefs retrouvent l’esprit de sagesse, qu’il leur fasse bien entretenir la vigne, en commençant par bâillonner dame folie.
Prions donc, mais mettons-nous aussi au travail sur place là où nous sommes. Il y a toujours un bout de vigne à garder et à entretenir. Il y a tellement de choses à faire dans l’Eglise aujourd’hui, qu’aucune tâche n’est modeste et que toute initiative est a priori la bienvenue pourvu qu’elle se manifeste dans le respect de l’Eglise hiérarchique voulue par Dieu.
Il faut sortir très vite de ce temps de vignerons meurtriers involontaires ou volontaires, pour renter dans le temps des vignerons sages qui savent accueillir la parole du maître de la vigne pour qu’elle change d’abord leur cœur et leur permette ensuite de mieux travailler là où le Seigneur les a placés, en ayant bien conscience de ce qu’ils sont, à l’inverse des vignerons meurtriers.
Amen.

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